Astrologie et archéologie

L’énigme du zodiaque mégalithique du Mont-Saint-Michel

Par Christophe de Cène


Coucher de Soleil sur le mont Tombelaine, situé au nord du Mont-Saint-Michel
Photo C. de Cène

Notre livre « Pierres Sacrées du Mont-Saint-Michel », publié en octobre 2017, révèle la présence d’un observatoire astronomique datant du néolithique et impliquant la division de l’année en douze, en fait un zodiaque.

Nous revenons sur quelques points en complément de ce travail.

Le premier zodiaque est tropical

Comme nous l’avons montré, les mégalithes du Mont-Saint-Michel se répartissent selon quatre axes d’observation des levers et couchers du Soleil :

Un axe Est-Ouest.

Un axe orienté à 21° par rapport à l’Est (Nord-Est).

Un axe orienté à 32° par rapport à l’Est (Nord-Est également).

Un axe orienté selon la diagonale d’un triangle 3-4-5 (36,87° par rapport à l’Est, Nord-Est).

Ces quatre axes suffisent à définir douze mois solaires dans l’année, correspondant aux douze signes du zodiaque que nous connaissons aujourd’hui – et que connaissaient les égyptiens dans l’Antiquité. Nous renvoyons à notre livre pour le détail du parcours solaire, balisé par le dispositif mégalithique (menhirs et dolmens).


Le site mégalithique du Mont-Saint-Michel. Infographie Yvo Jacquier.

Rappelons que le néolithique s’étend de 5000 à 2000 avant J.C. et que nous sommes là en présence d’un zodiaque bien antérieur à ceux qu’on trouve représentés dans l’ancienne Égypte. Ce zodiaque est saisonnier, c’est-à-dire tropical au sens astronomique (par opposition au zodiaque sidéral qui fait référence aux constellations étoilées du ciel).

Le symbolisme zodiacal nous incitait déjà à penser que l’origine des signes (Bélier, Taureau, Gémeaux…) est la marche du Soleil durant les saisons, et non son emplacement dans les constellations, les deux systèmes se décalant progressivement (suivant un cycle de 25760 ans nommé la précession des équinoxes, à rapprocher de la « grande année » des grecs de 25920 ans). En effet, l’entrée du Soleil dans le signe de la Balance, à l’équinoxe d’automne, coïncide avec l’égalité de durée du jour et de la nuit, balance équilibrée. Le Cancer, jadis le Crabe, inaugure le moment où la course solaire s’inverse et commence à décliner après le solstice d’été. L’astre diurne marche à reculons, en crabe. Le Bélier et le Taureau symbolisent parfaitement la force vitale que la nature retrouve au printemps. La symbolique est saisonnière, comme on le voit.

Ce n’est que vers l’an 1 et la naissance du Christ que les deux zodiaques coïncident parfaitement. Il n’est que d’observer la carte des constellations, le Lion par exemple, pour s’en convaincre.

Le zodiaque fut, à l’origine, saisonnier (et donc tropical). Les grecs projetèrent ce découpage sur l’écliptique céleste, nommant les constellations comme le signe traversé alors par le Soleil.

Aussi, les astrologues occidentaux ont parfaitement raison de garder un référentiel tropical, qui fut dès l’origine, et reste un système immuable, indépendant de la précession des équinoxes. Le reproche qui leur est parfois fait (ignorer ce décalage) n’a aucun sens quand on comprend que la logique première de l’astrologie se fonde sur un zodiaque saisonnier. En Inde, on a préféré garder le référentiel sidéral (les constellations), sans doute par respect de la tradition tardivement implantée au temps des grecs. Peut-être aussi parce que les étoiles fixes jouent un rôle important dans l’astrologie indienne, ce qui est fort respectable. Ptolémée les commente aussi, bien que préconisant un zodiaque tropical.

En conclusion, le premier zodiaque fut celui des saisons, douze mois solaires à partir de l’équinoxe de printemps. Et c’est encore le nôtre, fort heureusement pour le respect de la tradition.

Une précision qui dérange

Perché au sommet d’un massif granitique, le site mégalithique Les Tombes de Saint-Broladre permet d’observer le coucher du soleil sur le Mont-Dol lors des équinoxes de printemps et d’automne (21 mars et 22 septembre), au néolithique comme aujourd’hui. Les menhirs sont placés de telle sorte qu’on observe aussi le lever du Soleil sur le Mont Tombelaine le 21 juin, jour du solstice d’été. Le soleil entre alors en Cancer, et l’angle du lever est de 36,87° par rapport à l’Est (ce qui équivaut à un azimut, angle par rapport au nord géographique, de 53,13°). Ce sont là les valeurs caractéristiques d’un triangle 3-4-5, très connu des égyptiens, et vénéré. Ce qui frappe d’emblée, c’est la précision avec laquelle le dispositif mégalithique a été implanté : sur Google-Earth, on mesure un azimut (outil règle du logiciel) de 53,13° si l’on vise le sommet du mont Tombelaine. La valeur est exacte au centième de degré près.


Menhirs des Tombes à Saint-Broladre / Sommet de Tombelaine : azimut 53,13°, angle d'un triangle 3-4-5

Cette précision au centième de degré est surprenante, d’autant que nous la retrouvons à différentes reprises :

Ainsi, l’axe qui va du cromlec’h (cercle de pierres) du Mont-Dol au sommet du Mont-Saint-Michel (où se trouvaient des mégalithes, à la place qu’occupe aujourd’hui l’archange) a un azimut mesuré par Google Earth à 69,00° - exactement les 21°/Est de l’axe Taureau-Scorpion, au centième près.

Le grand alignement à 32°/Est (azimut 58°) n’est pas en reste, matérialisé par l’axe Dolmen de Tressé / Menhir de Saint-Marcan : on mesure 57,96° sur Google Earth, écart de 4 centièmes de degré.


Allée couverte de Tressé / Menhir de Roche Longue à Saint-Marcan : 21,5 km, azimut 57,96°.

La géométrie très particulière des lieux fait intervenir des angles à 72°, là encore au centième.

Comment une telle précision est possible au néolithique ? Elle serait aujourd’hui encore très difficile à obtenir en raison des distances importantes en jeu (des dizaines de km) et du caractère accidenté du terrain. Les populations peuplant cette région d’Europe ne connaissent pas, dit-on, les degrés. Mystère.

Le calendrier égyptien

Mystérieuse aussi la conception calendaire induite par le dispositif mégalithique du Mont : notre livre explique qu’on se trouve en présence de 12 mois de 30 jours et 5 jours supplémentaires (nommés épagomènes) après les moissons. C’est le calendrier de l’ancienne Égypte, aujourd’hui encore en vigueur en Éthiopie.

Quel peuple a conçu ce système savant au néolithique ? Nous l’ignorons. Mais notre livre pose de vraies questions.


Pour en savoir plus :

Christophe de Cène
Pierres Sacrées du Mont-Saint-Michel
Éditions BOD, 2017

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