Astrologie et alchimie

Le thème astral de Fulcanelli

Par Christophe de Cène


L’alchimie est reine parmi les disciplines dites ésotériques, auxquelles se rattachent ses sœurs, l’astrologie et la magie. Dans son laboratoire, l’alchimiste se livre à des opérations secrètes dont la finalité est double : purifier la matière première de l’œuvre, réaliser simultanément  sa propre transmutation. Il obtiendra, si Dieu le veut, la Pierre philosophale, médecine universelle qui prolonge la vie, illumine l’esprit, accessoirement transforme en or les métaux vils, plomb ou mercure. Notre homme devient alors adepte, et ceux-là ne seraient qu’un ou deux par siècle. 

Avec Nicolas Flamel qui vécut à Paris au XIVe siècle et transforma, veut la légende, le mercure en or le 25 avril 1382, Fulcanelli est l’adepte le plus célèbre au monde et fait presque figure de contemporain : né en 1839, il aurait trouvé la pierre philosophale en 1923, selon les dires de son unique disciple, Eugène Canseliet (1899 – 1982).

C’est à ce dernier que nous devons la grande majorité des éléments biographiques du maître, qui suffisent à l’identifier. Nous renvoyons le lecteur à notre livre, paru en 2016, « Finis Gloriae Mundi de Fulcanelli, la Révélation ». Pour résumer très succinctement, voici ce dont on dispose pour enquêter : Fulcanelli, né en 1839, fut polytechnicien et, jeune ingénieur, servit sous les ordres de Viollet-le-Duc pour défendre Paris en 1870. Plus tard, il fréquente les plus remarquables membres de l’académie des sciences, à laquelle il appartiendra lui-même. A ce stade, un seul nom est possible : Albert de Lapparent, géologue, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences lors de sa disparition en 1908, date à laquelle il s’efface, se retire du monde pour se vouer entièrement, en secret, aux travaux de laboratoire alchimique. C’est du moins ce qu’affirme Eugène Canseliet dans sa préface au Mystère des Cathédrales (premier livre de Fulcanelli, paru en 1926) : « L’auteur de ce livre n’est plus, depuis longtemps déjà, parmi nous. L’homme s’est effacé ». Effacé, mais pas mort pour autant, puisque son disciple nous révèle qu’il assistera aux obsèques de son ami Anatole France en octobre 1924 ; qu’il trouva la pierre six ans avant de retirer, en 1929, le manuscrit du très mystérieux Finis Gloriae Mundi jamais paru.  1929 moins six ans, cela nous amène à la conclusion du Grand Œuvre en 1923. Fulcanelli aurait accédé à « l’absolu de l’adeptat » en 1930 : âgé de 91 ans il commence alors à vivre sur un autre plan. Un éminent scientifique fort respecté choisit d’organiser sa disparition pour se vouer corps et âme à une quête jugée chimérique : voilà une histoire peu banale !

Notre livre montre en quoi l’œuvre de l’homme de science transparait dans les livres de l’alchimiste - Albert de Lapparent est l’auteur de nombreux ouvrages, traités de géologie, de minéralogie, de géographie physique.

De récentes découvertes, que nous publierons en 2017 dans un ouvrage consacré au Mutus Liber, complètent notre premier livre et nous font désormais considérer Albert de Lapparent comme étant Fulcanelli, sans l’ombre d’un doute. Cette identité a été pour la première fois révélée par Jacques Grimault, auteur de L'Affaire Fulcanelli (avril 2015).


Albert de Lapparent, alias Fulcanelli

Albert Auguste Cochon de Lapparent, son nom complet à l’état civil, est né à Bourges le 30 décembre 1839. L’extrait d’état civil que nous publions ici est formel sur l’heure de naissance : dix heures du matin (comme il est écrit, son père déclare la naissance à l’officier d’état civil le lendemain, 31 décembre, à midi). Capricorne ascendant Verseau, voila le thème qu’il nous faut étudier.

Comme le veut l’astrologie traditionnelle, nous allons d’abord nous intéresser aux planètes angulaires, à l’ascendant et au milieu du ciel. Que les débutants en astrologie qui viennent d’achever leur formation de base nous pardonnent : nous ne sacrifierons pas à la mode du moment, et vous épargnerons les points fictifs récents, témoins d’une psychanalyse de comptoir, secret de la licorne et autres chimères tragi-karmiques (un mot que nous empruntons à notre astrologue préféré) des temps modernes. Nous avons eu la chance, dans les années 1980, de côtoyer de vrais maîtres en astrologie : André Barbault, Alexander Ruperti (décédé en 1998) et Jean-Pierre Nicola pour qui nous avons une très profonde admiration. Trente ans de pratique nous ont convaincu : l’astrologie est affaire de planètes réelles dont le zodiaque décrit les temps de présence sur et sous l’horizon (périodicité des arcs diurne-nocturne).

Dans le thème d’Albert de Lapparent, deux configurations dominent :

-         La conjonction Mercure-Saturne, tout d’abord, au milieu du ciel et au trigone de Pluton.

-         Très importante aussi est la planète Neptune, proche de l’ascendant : elle vient de se lever, avec Mars, à la naissance de Fulcanelli.

Un pouvoir d’analyse hors du commun

La conjonction Mercure-Saturne, serrée (moins de 3° d’orbe), domine ce thème : c’est là l’indice d’un esprit analytique, rigoureux, curieux de tout aussi. Le thème d’Albert Einstein présente la même configuration (conjonction Mercure-Saturne exacte culminante). Les meilleurs joueurs d’échecs du moment affichent une singularité semblable : dix conjonctions Mercure-Saturne pour une opposition. On pourra se reporter, à ce propos, à notre étude sur les meilleurs joueurs d’échecs de l’histoire. Nous publierons en 2017 une étude qui va encore plus loin, fondée sur l’examen (informatique, cela va sans dire) du thème de plus de 135 000 joueurs d’échecs dont la liste nous a été communiquée par la FIDE (Fédération Internationale des Echecs) : les résultats renforcent nos études précédentes, et l’ensemble prouve de manière scientifique l’existence d’un fait astrologique. Pour revenir à Fulcanelli, on sait combien est nécessaire le pouvoir d’analyse pour décrypter les obscurs traités alchimiques traditionnels.

Dans le thème d’Albert de Lapparent, la conjonction Mercure-Saturne dominante est soutenue par le trigone de Pluton. Cette configuration harmonique évoquant l’analyse (Mercure-Saturne) du monde souterrain (Pluton) sied bien à notre géologue et minéralogiste, de surcroît diplômé de l’école des Mines, dont il sort major (comme il sort major de Polytechnique). Les trois planètes ont en commun, pour les astrologues conditionalistes suivant Jean-Pierre Nicola, de former le groupe « petit t » du système RET (Représentation-Existence-Transcendance).  Ce sont les chercheurs de transcendance et de modèles complexes, ceux que l’astrologue Richard Pellard dit, dans son Manuel d’Astrologie Conditionaliste (Dervy Livres, page 54), « en quête de transmutation ». Ca ne s’invente pas !

Une intuition profonde

La seconde configuration majeure du thème est la conjonction Neptune-Mars à l’ascendant (mais en maison XII, secteur des choses cachées et de l’occulte). La planète Neptune est astrologiquement liée à l’intuition, l’inspiration et, en maison XII comme c’est le cas ici, à un certain mysticisme souvent d’ordre religieux. Jointe à Mars, elle commande de « faire ». Lapparent fut non seulement un catholique convaincu - enseignant à l’Institut Catholique de Paris -, mais également un infatigable militant chrétien (comme son ami Antoine d’Abbadie, président de l’académie des sciences qui confia la construction de son château d’Hendaye à l’architecte Viollet-le-Duc). Neptune-Mars en maison XII évoque aussi les travaux qu’effectua l’alchimiste dans le secret de son laboratoire, une fois sa disparition sociale effective.

Saturne-Neptune et les alchimistes

Cette double facette du scientifique (Saturne) et du mystique (Neptune) se retrouve fréquemment dans le thème des alchimistes. Ainsi, Armand Barbault, alchimiste et astrologue - grand frère du célèbre André Barbault - est né sous la culmination de Saturne et le lever de Neptune, exactement comme Fulcanelli. L’auteur de L’Or du Millième Matin explique sa vocation d’alchimiste : « Dans mon thème, Saturne occupe le milieu du ciel et ainsi, il détermine mon destin ». La présence de Neptune très précisément à l’ascendant lui confère aussi l’intuition sans laquelle le fil d’Ariane ne peut être suivi au sein du labyrinthe hermétique. Fait remarquable, Saturne et Neptune jouent aussi un rôle majeur dans le thème astral d’Eugène Canseliet, unique disciple de Fulcanelli né la 18 décembre 1899 : en effet, sa carte du ciel montre une conjonction Soleil-Saturne exacte, à l’opposition (donc dans l’axe) non moins exacte de Neptune.

Transits planétaires : vers l’adeptat

Nous allons à présent tenter de saisir les moments clés de la vie de Fulcanelli, après sa disparition volontaire en 1908. Les transits planétaires des planètes lentes (Saturne, Uranus, Pluton) sont, selon notre formation et notre expérience, les indices les plus solides pour comprendre cette marche vers l’adeptat.

La première échéance marquante est le passage d’Uranus sur le Soleil natal de Lapparent, à 8° du Capricorne. Uranus fait le tour du zodiaque en 84 ans : autant dire qu’il ne passe qu’une fois, dans une vie, sur le Soleil de naissance, et c’est astrologiquement le moment d’un changement de cap, d’une direction nouvelle donnée à l’existence. Ce transit est exact le 22 décembre 1906, et c’est strictement le temps qu’Albert de Lapparent choisit pour écrire une autobiographie complète, à la conclusion éloquente : « Aussi, en écrivant ces lignes, comme je le fais, vers la fin de ma soixante-septième année, après trente-huit ans accomplis d'un bonheur conjugal ininterrompu, voyant déjà croître autour de nous une seconde génération pleine de promesses, je ne peux que redire ma profonde gratitude envers la Providence. Je me suis toujours abandonné à elle, dans l'observation du devoir et de la discipline, comme dans la constante pratique de la bonne volonté. Elle m'a récompensé comme jamais je n'aurais pu ambitionner de l'être mieux. » Ce texte nous semble pouvoir être rapproché de ce qu’écrit Eugène Canseliet dans la préface au Mystère des Cathédrales de Fulcanelli : « L’homme s’est effacé. Pouvait-il, au faîte de la connaissance, refuser d’obéir aux ordres du destin ? Moi-même, s’il m’arrivait aujourd’hui l’heureux avènement qui contraignit le maître à fuir les hommages du monde, je n’agirais pas autrement ».

Fuir les hommages du monde : pour se consacrer entièrement au grand œuvre alchimique, quelle autre solution avait Albert de Lapparent, devenu célèbre, que de simuler sa mort er disparaître ? Durant l’année 1907, le transit Uranus-Soleil reste efficient, Uranus repassant à 8° du Capricorne en septembre 1907 (les astrologues parlent d’une boucle de rétrogradation). Nous pensons que la décision est prise d’obéir une fois encore à la providence. En 1908, avec l’opposition de Neptune en Cancer à Uranus en Capricorne, Albert de Lapparent disparaît et devient Fulcanelli.

A noter, et c'est un élément qui renforce notre discours : pour les astrologues utilisant, en complément des transits, la technique des progressions secondaires (un jour = un an), l'année 1907 est aussi, chez Albert de Lapparent, celle de la conjonction Soleil-Uranus (en progression).

L’échéance suivante est le lent passage de Pluton, alors en Cancer, à l’opposé (sur l’axe) du Soleil natal : nous sommes alors en 1922 et 1923. Fulcanelli trouve la pierre philosophale qui transforme les métaux vils en or. Il est remarquable que cette consécration se déroule sous l’égide de Pluton, terme de la quête de transmutation évoquée plus haut.

La dernière échéance de cette vie, au plan terrestre, a lieu en 1930 : Saturne transite le Soleil natal de Fulcanelli, tandis qu’Uranus, au carré de ce dernier, reforme l’aspect de 1839 : carré Saturne-Uranus exact le 22 février 1930. L’alchimiste accède cette année-là, nous dit Canseliet, à l’absolu de l’adeptat : il décide d’utiliser la pierre à sa propre transmutation, et change de plan. Nous ne savons rien de ce qu’il advient à ce moment. Eugène Canseliet aurait revu Fulcanelli en 1953 à Séville, le maître âgé de 113 ans paraissant la cinquantaine… Incroyable ? Seulement pour ceux qui considèrent l’alchimie comme une chimère.

Des transmutations légendaires

D’autres adeptes firent le chemin jusqu’au bout, et certains précisèrent la date de leur première transmutation en or. Pluton était-il de la partie, comme avec Fulcanelli ?

Le cas d’Armand Barbault est intéressant : s’il ne trouva jamais la pierre, de son propre aveu, il insiste sur la « prise de possession » de la matière première, laquelle doit s’effectuer à une date choisie astrologiquement. Ce fut le 3 août 1947. L’alchimiste nous l’explique dans L’Or du Millième Matin : « Ce moment coïncidait avec la grande conjonction de Saturne et de Pluton en Lion, qui allait être couronnée par le Soleil dans les jours à venir ». Pluton encore.

Examinons le cas du célèbre Nicolas Flamel : il élabore la pierre au rouge et transmute le mercure en or, le vendredi 25 avril 1382 (la même année, il avait la pierre au blanc, qui change le mercure en argent le 17 janvier). Si votre logiciel d’astrologie utilise systématiquement le calendrier grégorien (la majorité des cas), il faut prendre soin de convertir la date du 25 avril (calendrier julien en vigueur à l’époque de Flamel) en 3 mai 1382 (grégorien). Or, on constate ce jour-là une triple conjonction Soleil-Pluton-Saturne en Taureau. Nous retrouvons donc les éléments astrologiques recherchés par Armand Barbault, couronnant cette fois les efforts de Nicolas Flamel. A noter que la date donnée pour cette transmutation en or n’est pas une allusion symbolique à la date de Pâques, qui était le 6 avril 1382.


La transmutation effectuée par Cyliani en 1831

Un autre adepte nous fournit la date de sa réussite, cette fois au XIXe siècle : il s’agit de Cyliani, auteur du traité « Hermès Dévoilé ». L’alchimiste relate : « C’était le Jeudi-Saint 1831, à 10 heures 7 minutes du matin que j’avais fait seul la transmutation ». Évidemment, une telle précision dans l’heure de réalisation du Grand-Œuvre constitue une invitation à consulter le ciel du moment, le 31 mars 1831 (jeudi de Pâques). La conjonction Soleil-Pluton est exacte en Bélier. Pluton, toujours, au point le plus haut du zodiaque. En effet, et beaucoup d’astrologues peu versés dans la mécanique céleste l’ignorent, le point le plus haut du zodiaque, dans le ciel, n’est pas le milieu du ciel mais le point situé à 90° (angle droit) de l’ascendant. Les grecs considéraient une planète occupant ce point comme valorisée, car au dessus des autres. Dans le cas de la transmutation réalisée par Cyliani, la conjonction Soleil-Pluton est au point le plus haut. Et cela, il est probable que l’alchimiste l’ignorait et n’a donc pas déterminé astrologiquement la date : d’abord parce qu’un tel choix, conduisant à un Soleil au point haut du zodiaque à 10 h du matin, nécessite de solides connaissances astronomiques et une parfaite maîtrise du calcul fort complexe. Et surtout parce que la planète Pluton, en 1831, était parfaitement inconnue. Elle ne fut découverte qu’un siècle plus tard, en 1930. Cette remarque est bien entendu valable pour Flamel, qui opère au XIVe siècle. Au fond, ceci nous semble plaider en faveur de la réalité de ces transmutations aidées par le ciel.



(c) Janvier 2017

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