Alfred Adler

"Une vie pour une œuvre"

par Bernard Blanchet
Le magazine d'astrologie Astrologue.org présente une article de Bernard Blancher sur Alfred Adler.

Alfred Adler
7 février 1870 - 14 h
Vienne (Autriche)

Contemporain de Freud et de Jung, Alfred Adler n’en partage pas la gloire. Si j’ai choisi d’exhumer son œuvre de l’oubli où elle est tombée, c’est qu’elle illustre de façon saisissante des configurations astrologiques intéressantes.

  Déjà, la pensée d’Adler suffirait à illustrer un cours sur le signe du Verseau.

  Rappelons quelques données de base sur le zodiaque…

  Comme le Taureau, le Lion et le Scorpion, le Verseau est un signe de milieu de saison. Plus spécifiquement, il se situe au milieu de l’hiver. Tous les signes de milieu de saison (les signes fixes) ont pour mécanisme commun de compenser la dynamique de leur saison.

Une dynamique de compensation

  Le printemps et l’automne sont dans une dynamique de croissance dominante (du jour pour le printemps, de la nuit pour l’automne). Le Taureau et le Scorpion compensent cette dynamique de croissance par une dynamique de prudence ou de méfiance, de réserve ou de freinage. Ainsi, plus l’environnement (Bélier et Gémeaux) s’emballe et accélère, plus le Taureau compense cette agitation en ralentissant. C’est sa façon de préserver ses rythmes.

  L’été et l’hiver sont en dynamique dominante de décroissance (du jour pour l’été, de la nuit pour l’hiver). Lion et Verseau compensent cette dynamique de décroissance – de retrait – par une dynamique de sursaut, d’engagement, de défi… Ainsi, au cœur de l’été, plus l’environnement (Cancer et Vierge) s’abstient, plus il est prudent, plus il s’en tient à sa nature ou à ses habitudes, plus le Lion ose, affirme et s’affranchit de toute limite.

  Ainsi vont les signes de milieu de saison : les forces contraires ne s’y opposent pas, mais se renforcent. Plus il y a de vitesse, plus il y a de lenteur (Taureau et printemps). Plus il y a de prudence et de protection, plus il y a d’audace et d’élan (Lion et été). Plus il y a d’ouverture, d’associativité, de rencontres et de ressemblances, plus il y a de singularisation et de spécificité (Scorpion et automne).

  Venons en maintenant au Verseau… Vous l’avez compris, sa dynamique compense celle de l’hiver, une dynamique dominante de décroissance (Capricorne et Poissons) : de détachement, d’abandon. En hivers, ce qui est dominant (la nuit ou l’arc nocturne de toute planète qui transite ces signes) décroît, décline… Décantation (Capricorne) ou élimination (Poissons), le champ du significatif ou de l’intéressant se resserre Les poubelles se remplissent. La faux du temps œuvre, un temps de fin de cycle où ne peut perdurer que l’essentiel, le reste – presque tout – s’abîmant dans l’oubli et l’indifférence.

  Mais plus gagnent l’indifférence et le scepticisme, plus le Verseau compense, plus il y croit, plus il se trouve des raisons d’espérer : plus la durée des longues nuit d’hivers décroît, plus s’affirme la croissance du jour, celle qui atteindra – au printemps – à l’évidence de ce qui est devenu dominant. En un mot, avec le Verseau, plus ça va mal, plus ça va bien. Un pas de plus dans ce système de compensation et on pourra dire que pour le Verseau, ça va bien si ça va mal, qu’il est optimiste quand ça va mal – à condition que ça aille mal !

  Cette dynamique de compensation, pour chaque signe de milieu de saison, peut être intériorisée. Plus précisément, c’est la dynamique de chaque saison qui est intériorisée par le signe qui en occupe le milieu, intériorisée mais aussi concentrée, polarisée.

  Ainsi Taureau et Scorpion permettent-ils une excitation concentrée et spécialisée (les emballements d’une passion) qui renforcent l’indifférence ou le dédain pour le reste.

  Ainsi le Lion concentre-t-il les mécanismes défensifs de l’été pour se sentir invulnérable, et il sera d’autant plus audacieux qu’il se sera mieux protéger.

  Et le Verseau ? S’il est ouvert sur un avenir qu’il espère radieux, c’est en concentrant l’indifférence et les rejets de l’hiver, jusqu’à se structurer dans une surdité ou un aveuglement qui s’ignorent. Son " oui " à ce qui devient tire sa force de son " non " – souvent inconscient – à ce qui est.

"Une recherche de la perfection"

  C’est sur l’étude obsessionnelle de ce mécanisme du Verseau que se fonde l’œuvre d’Adler. "Le point de départ de l’œuvre originale d’Adler, dans sa première étude publiée à Vienne en 1907, est constitué par ses observations sur les infériorités des organes et leur compensation psychique "1. Pour Adler, les névroses et la plupart des affections mentales, ainsi que la genèse et la formation de la personnalité psychique, s’expliqueraient par le processus mis en œuvre pour réagir contre les infériorités physiques (fonctionnelles, morphologiques, constitutionnelles), si minimes soient-elles, qui apparaissent dans l’enfance. " Le sujet se forge un but final, purement fictif, caractérisé par la volonté de puissance, but final qui [...] attire dans son sillage toutes les forces psychiques "2.

  Dans le thème d’Adler, le Soleil est dominant et en conjonction à Mars en Verseau. Première conséquence : pour Adler, le corps et l’esprit forment une unité indissociable. D’où le nom générique de son système : Individual psychologie , psychologie individuelle en français (individuum , indivisible). Et peut-être le sextil Mars-Saturne sensibilise-t-il aux faiblesses ou dysfonctionnements organiques. Adler parle d’un " sentiment d’infériorité ", base d’une surcompensation dans un but idéal (Soleil) qui est la motivation première de tout un chacun. On observe ici le premier fossé qui sépare la pensée d’Adler de celle de Freud. Pour ce dernier, la personnalité, ses attitudes et comportements s’originent dans une cause (petite enfance, inconscient) alors que, pour Adler, ils sont structurés par un but, une finalité – par le Soleil. A longueur de livres, Adler disserte de cette étroite intrication Soleil-Mars. " La psychologie individuelle […] voit dans tout effort humain une recherche de la perfection. Physiquement et psychiquement, l’élan vital est lié d’une façon indissoluble à cette tendance "3. Avec cette conjonction Mars-Soleil, mouvement et but sont indissociables. " Il n’y a pas de mouvement sans but et ce but est pour toujours inaccessible "3. Cette conception " unifiante " de l’homme permet à Adler de s’opposer farouchement à Freud. " Tous ceux qui ont saisi les finesses et les nuances de la conscience nieront que quelqu’un puisse dans son inconscient être différent de ce qu’il est dans sa vie consciente – division toute artificielle d’ailleurs et qui résulte uniquement du fanatisme pour l’analyse. Tel quelqu’un se meut, tel est le sens de sa vie "3 (conjonction Mars-Soleil).

   Mais revenons en à la thèse centrale d’Adler. Le mécanisme dominant dans le psychisme humain est la compensation d’un sentiment d’infériorité organique dans un but idéal. Cette thèse, on pouvait le deviner au vu de cette conjonction Soleil-Mars, s’enracine dans l’existence même d’Adler.

Une vie pour une œuvre

  Adler était un enfant chétif, souffrant de rachitisme et d’accès de spasmes de la glotte. Ces accès sont généralement provoqués par des crises de larmes pendant lesquelles la glotte obstrue l’arrivée d’air. Très jeune, Adler s’interrogea sur la possibilité d’éviter ces attaques. Ayant compris qu’elles étaient la conséquence des pleurs, il décida de renoncer aux larmes. Les spasmes cessèrent en effet. On peut y voir un triomphe d’Uranus-Ascendant (épaulé par Jupiter-Pluton) qui commande sévèrement Vénus.

  Du fait de son rachitisme, Alfred Adler se trouvait – dit-il – en position d’infériorité vis-à-vis d’un aîné plus habile et libre de ses mouvements. L’infériorité organique devient une notion de base de la doctrine adlérienne.

  Enfant, Adler était un élève moyen qui avait des difficultés en calcul. Le maître conseilla à son père de le retirer de l’école et de lui faire apprendre un métier manuel. Vexé par cet échec, l’enfant se mit à travailler intensément les mathématiques et, au bout de quelques mois, il devient dans cette discipline le meilleur de sa classe. Encore un triomphe uranien dira l’astrologue. Mais dans l’esprit d’Adler, cette réussite fit naître la conviction – qu’il défendit par la suite durant toute sa vie – que le don n’est pas héréditairement transmis, que l’on peut surmonter les difficultés et que les déficiences intellectuelles sont loin d’être rigidement déterminées.

  D’un point de vue astrologique, on notera la présence d’Uranus et du Soleil dans le Triangle Sujet (Maisons I et IX) : il appartient vraiment au Sujet de s’affirmer en affirmant sa volonté, et par la dynamique de compensation du Verseau, de s’affirmer d’autant plus fermement qu’il se vit dans un état d’infériorité – affirmation qui conduit parfois jusqu’à la névrose : "Le point de départ de l’évolution d’une névrose est le sentiment menaçant d’insécurité et d’infériorité du névrosé qui cherche avec une intensité accrue à exalter la valeur de sa personnalité "4.